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Discours de l’Honorable Edouard Nduwimana, 2ème Vice-Président de l’Assemblée Nationale du Burundi lors de la réunion de la Commission Politique de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie

Discours de l’Honorable Edouard Nduwimana, 2ème Vice-Président de l’Assemblée Nationale du Burundi lors de la réunion de la Commission Politique de l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie

New York, 12-13 avril 2016

  1. Monsieur le Président, ma délégation souhaite d’entrée de jeu vous remercier pour avoir organisé cette importance réunion de la Commission politique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie ici au siège de l’ONU à New York.
  2. Je salue la présence de nos collègues parlementaires qui ont répondu favorablement à votre aimable invitation. C’est un plaisir de nous retrouver en famille et d’échanger sur des questions d’intérêt commun à nos pays respectifs.
  3. Qu’il me soit en permis également de remercier tous les organisateurs à tous les niveaux qui ont rendu possible les présentes assises dans de très bonnes conditions.
  4. Monsieur le Président, au cours de mon intervention, je mettrai en relief quelques points saillants de la situation politique, sécuritaire et des droits de l’homme au Burundi.
  5. En ce qui concerne le dialogue politique, nous sommes conscient que les préoccupations politiques des burundais en ce moment  ne peuvent être résolues qu’à travers un dialogue inclusif, franc et sincère entre les filles et fils du pays, ceux de l’intérieur et ceux de la diaspora. Le président de la République s’est déjà engagé de poursuivre ce dialogue et il a réitéré cette bonne volonté à la délégation de haut niveau de l’Union Africaine conduite par le Président Sud-Africain Jacob Zuma, lors de l’audience du 25 février 2016 à Bujumbura ainsi qu’au Secrétaire Général Ban Ki-Moon le 23 février.
  6. La primauté de l’option politique sur l’option militaire fut aussi une des recommandations de la réunion du Comité des Ministres de la défense de la CIRGL tenue le 10 février 2016 à Luanda en Angola. Le Comité des Ministres de la Défense a demandé à tous les acteurs de s’engager dans le dialogue inter burundais qui est le meilleur moyen de consolider la paix et l’unité en faveur du peuple Burundais.
  7. Oui, le dialogue que nous voulons est inclusif  sauf ceux qui sont impliqués de façon manifeste dans le putsch du 13 mai 2015. Les résolutions 2248 et 2279 du Conseil de Sécurité parlent d’un dialogue inclusif entre toutes les parties prenantes paisibles et engagées aux solutions pacifiques. Vous conviendrez avec nous que  le dialogue que nous voulons ne doit pas être un moyen déguisé de renforcer la culture de l’impunité au Burundi ou de refouler au pied les principes démocratiques universellement reconnus, mais plutôt un moyen de consolider la paix et la justice sociale.
  8. Nous restons donc engagés de bonne foi dans ce dialogue politique dont la dynamique interne est très avancée sous le leadership de la Commission Nationale de Dialogue Inter Burundais CNDI qui fait un excellent travail à travers tout le pays sans laisser personne derrière.
  9. Sur le plan régional, les consultations se poursuivent avec la facilitation et la région pour s’entendre sur deux points importants pour les prochaines sessions du dialogue avec les membres de la diaspora qui aspirent à la paix  en toute inclusivité telle que définie par la résolution 2248 du Conseil de Sécurité de l’ONU du 12 novembre 2015 et 2279 du 1er avril 2016. Il s’agit entre autres de l’identification objective des participants ainsi que les points à l’ordre du jour qui ne remettent pas en cause les acquis démocratiques chèrement retrouvées dans notre pays.
  10. L’ancien président de la République Unie de Tanzanie Bejamin Mkapa, nouveau facilitateur du dialogue inter burundais sous la supervision du Président Museveni est actuellement à l’œuvre pour mener des consultations nécessaires à la poursuite du dialogue. Il vient de consulter à cet effet le Président Ougandais Yoweri Museveni, le président du Rwanda ainsi que le Président de la République du Burundi.
  11. En ce qui concerne la sécurité, je confirme qu’elle est globalement bonne sur tout le territoire national et  les citoyens vaquent à leurs activités dans la quiétude, sauf quelques éléments résiduels de l’opposition qui continuent à lancer des grenades sur de paisibles citoyens. Contrairement aux informations véhiculées par l’opposition basée à l’étranger et certains médias que lui sont affiliés, le Burundi ne brûle pas. La résolution 2279 du Conseil de Sécurité a reconnu, il y a 10 jours, que les tueries ont sensiblement diminué au Burundi. Nous comptons garder cet élan pour sécuriser et stabiliser définitivement notre beau pays le Burundi.
  12. La bonne nouvelle est que les quelques cas de criminalités et de terrorisme local qui visent à attirer l’attention de la communauté internationale sont en train d’être maîtrisés. Plusieurs criminels se sont rendus aux forces de l’ordre avec armes, minutions et autres effets militaires et ce mouvement de renonciation à la violence continue. Les éléments criminels qui se sont rendus ont été remis à la CNIDH pour leur réinsertion dans leurs communautés d’origine.
  13. Pour nous et pour vous d’ailleurs, il est clair que le fait de lancer des grenades dans des foules est du terrorisme pur et simple qui doit être traité comme tel. Aucune idéologie, aucun combat politique ne peut justifier de tels actes aveugles qui emportent des vies d’enfants, des femmes… Nous vous demandons de condamner ce virage à l’extrémisme violent de l’opposition qui est contraire aux recommandations de la résolution 2248 et 2279 du Conseil de Sécurité de l’ONU qui condamnent sans équivoque tout recours à la violence pour réaliser des gains politiques.
  14. Dans le but de consolider une paix durable dans notre pays, nous avons mis le désarmement des populations civiles au centre de nos priorités. Le processus de désarmement se poursuit normalement et des résultats satisfaisants ont été enregistrés. Grâce à la quadrilogie (population, forces de l’ordre, justice, administration),  nous avons saisi  plusieurs armes et minutions détenues illégalement par les civils.
  15. Dans le soucis de poursuivre ce processus de désarmement dans la transparence et de coopérer pleinement avec nos partenaires, le Gouvernement du Burundi a accepté, devant la délégation de haut niveau de l’Union Africaine le déploiement au Burundi de 100 observateurs des droits de l’Homme et de 100 observatoires militaires non armés.
  16. En matière des droits de l’homme, ma délégation souhaite rappeler que le gouvernement du Burundi attache une grande importance aux questions des droits de l’homme. Malgré la multitude de défis, il a adopté une politique de tolérance zéro en la matière. Mais nous reconnaissons aussi qu’il y a des cas de violation des droits de l’homme comme ailleurs. Nous avons mis sur pied des commissions d’enquête judiciaire pour mettre la lumière à certaines allégations  de violations des droits de l’homme depuis le début de l’insurrection jusqu’à nos jours.
  17. Nul n’ignore que les droits de l’homme est un processus, un idéal à atteindre et aucune nation n’a atteint le sommet même après plus de 100 ans d’expérimentation de ce modèle. Pour le Burundi qui vient de passer 10 ans uniquement d’expérimentation de la démocratie, le chemin est encore long mais la volonté de bien faire est là et palpable.
  18. Nous rappelons également que mon pays le Burundi, à travers ses institutions a placé la lutte contre l’impunité au centre de ses priorités et tout se fait sans tenir compte des affiliations politiques.  Nous  coopérons étroitement avec le bureau du haut-commissariat aux droits de l’homme à qui nous avons donné accès libre à nos services pour question de transparence. Nous faisons de même pour les observateurs de l’Union Africaine dont le nombre vient d’être revu à la hausse. Notre degré de coopération devrait être encouragé car les pays qui accepteraient de donner accès libre à certains services qui relèvent de la souveraineté nationale se comptent sur les doigts.
  19. Nous avons réservé la même qualité de coopération aux experts des droits l’homme des Nations Unis qui ont séjourné dans notre pays du 1er au 8 mars 2016. A la fin de leur mission hier, les experts ont animé une Conférence de presse au cours de laquelle ils ont déclaré je cite « Nous avons constaté une accalmie au Burundi, et il faut le signaler, nous n’avons pas constaté une situation perturbée, nous avons remarqué une lueur d’espoir, une volonté affichée et partagée de s’engager, d’aller de l’avant pour améliorer le climat de paix et de Sécurité au Burundi. Dans le cas de notre mission, nous ne pouvons pas dire que la situation au Burundi est explosive, absolument pas » fin de citation.
  20. S’agissant des Libertés d’expression et la société civile, je souhaite vous informer que le Burundi a une bonne tradition  des libertés d’expression et de société civile très active qu’il voudrait pérenniser.  Nous venons à cet effet d’autoriser la réouverture de deux radios privées qui avaient été détruites dans la foulée de la tentative de coup d’Etat  du 13 mai 2015. Il s’agit de la radio ISANGANIRO et de la Radio-Télévision REMA qui émettent déjà. En plus de ces 2 radios qui ont repris leurs activités, le Conseil National de Communication vient également d’autoriser deux autres stations de radio privées Izere FM et HUMURIZA FM.
  21. Monsieur le Président, s’agissant des actes d’agression du Rwanda, plusieurs rapports crédibles ont déjà confirmé que le Rwanda facilite le recrutement, l’entrainement et l’armement des réfugiés burundais en vue de déstabiliser le Burundi et ce en violation des instruments juridiques régionaux et internationaux dont il est signataire. Je cite notamment le rapport du Groupe d’Experts de l’ONU sur la RDC, le rapport de refugees International et celui plus récent de Human Right Watch. A ces rapports, nous ajoutons les preuves irréfutables à notre disposition depuis le début de l’insurrection de 2015 ainsi que les aveux des enfants recrutés et entrainés par le Rwanda qui se sont confiés à l’Envoyé Spécial du Président Obama dans le région lors de son dernier passage à l’Est de la RDC. Même si le Rwanda continue de nier les faits, il est difficile de convaincre les Etats membres que tous les auteurs de ces rapports ont menti.
  22. A ce sujet, ma délégation se félicite de l’appel lancé aux Etats de la région dans le paragraphe 8 de la résolution 2279 du Conseil de Sécurité de l’ONU,  de contribuer à la solution pacifique de la situation qui prévaut  au Burundi et de s’abstenir à soutenir les activités des groupes armés ainsi que le rappel à tous les Etats de la région de respecter l’accord cadre sur la paix, la sécurité et la coopération en RDC et la Région ainsi que la convention de 1951 sur le Statut des réfugiés. Ce dernier texte insiste entre autres sur le respect du caractère civil des camps des réfugiés comme l’a rappelé le Secrétaire Général des Nations Unies Monsieur Ban ki-Moon devant le Conseil de Sécurité le 21 mars 2016 en présence de plusieurs Ministres de la Région.
  23. En ce qui concerne la coopération avec la Francophonie, le Parlement  du Burundi a pris acte  de la déclaration de la Francophonie  portant suspension  de certains programmes de coopération multilatérale au Burundi. Le Parlement déplore que la Francophonie n’a pas pris en compte l’évolution positive de la situation en rapport avec le dialogue inclusif inter Burundais en cours, ainsi que les récentes mesures prises en rapport avec les droits de l’homme notamment la grâce accordée à plus de 2.000 prisonniers, l’annulation des mandats d’arrêt contre certaines personnalités et la réouverture de quelques radios privées. A ces gestes de bonnes volontés s’ajoutent le retour progressif de la sécurité à Bujumbura la Capitale avec une diminution sensible des tueries, retour que même le Conseil de Sécurité a reconnu dans sa résolution 2279 adoptée le 1er avril 2016.
  24. Nonobstant cette décision hâtive, le Gouvernement de la République du Burundi continuera, et sans contrainte aucune, son œuvre de redresser la situation au niveau politique et sécuritaire, dans l’intérêt du peuple burundais, tout en tenant en considération la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et les bonnes relations avec ses partenaires. Nous resterons aussi engagé à poursuivre la promotion de notre belle langue le Français au Burundi et ailleurs; et vous rassure de tout l’engagement du Parlement dans la promotion des valeurs véhiculées par la Francophonie.

Je Vous remercie !

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