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Discours de l’Ambassadeur Albert SHINGIRO lors de la réunion de la Configuration- Burundi – Commission de Consolidation de la paix.

Discours de l’Ambassadeur Albert SHINGIRO lors de la réunion de la Configuration- Burundi – Commission de Consolidation de la paix.

Discours de l’Ambassadeur Albert SHINGIRO, Représentant Permanent du Burundi auprès des Nations Unies lors de la réunion de la Configuration- Burundi de la Commission de Consolidation de la paix, le 18 novembre 2016

  1. Monsieur le Président, je voudrais dès l’entame de mon propos vous remercier pour avoir organisé cette réunion ce matin consacrée principalement à la rencontre que vous avez organisée à Genève du 7 au 9 novembre 2016 avec les partenaires multilatéraux du Burundi en prélude à la retraite sur la situation socio-économique du Burundi qui était prévue comme vous le savez au même moment, mais qui a été reportée à une date ultérieure pour des raisons de calendrier. Le principe de tenir une telle rencontre à une date à convenir entre les parties concernées reste un acquis. Je remercie également tous les partenaires qui ont répondu favorablement à votre invitation.
  2. Comme le Burundi n’a pas pris part à cette rencontre, vous comprendrez Monsieur le Président que ma délégation ne fera pas de commentaires particuliers sur votre rapport même si nous partageons certaines recommandations qui ont été émises à l’occasion.
  3. Ma délégation partage avec vous le choix des domaines prioritaires identifiés à Genève et nécessitant une intervention d’urgence, à savoir la santé, l’éducation, l’agriculture et la sécurité alimentaire.
  4. Je tiens à souligner l’adhésion de ma délégation à toute initiative initiée de bonne foi pour s’attaquer aux problèmes socio-économiques du Burundi. La tendance générale de ces derniers temps est que les préoccupations politiques de nos partenaires ont toujours éclipsé  les besoins économiques et sociaux de nos populations.  Vous conviendrez avec moi que le fait d’oublier le volet économique et social au profit du volet politique est aussi un facteur qui peut accroitre l’instabilité  dans notre pays. Les deux volets  doivent bénéficier de la même attention de la part de nos partenaires à qui nous demandons encore une fois de reprendre la coopération avec le Burundi. Du moins pour ceux qui l’ont suspendue récemment.
  5. Le Burundi à son tour vous assure de sa bonne volonté politique de répondre à certaines de vos préoccupations réalistes et réalisables à court et à moyen terme. Comme j’ai eu l’occasion de le dire lors de notre dernière rencontre sur le même sujet, ma délégation salue cette nouvelle approche de se pencher sur les aspects économiques de la situation dans mon pays. Nous comptons sur votre leadership éclairé Monsieur le Président pour faire en sorte que ces rencontres soient suivis de gestes concrets de la part de nos partenaires qui hésitent encore à rouvrir le robinet.
  6. Monsieur le Président, au cours de mon propos, je me pencherai tout naturellement sur situation économique, thème central de notre réunion ce matin, mais auparavant vous me permettrez aussi de faire un petit aperçu sur l’état de la situation politique et sécuritaire telle qu’elle est aujourd’hui.
  7. En ce qui concerne le dialogue politique, les autorités nationales à tous les niveaux sont conscientes que les préoccupations politiques des burundais en ce moment précis ne peuvent être résolues qu’à travers un dialogue inclusif, franc et sincère entre toutes les parties prenantes.
  8. Aujourd’hui je puis vous dire nous sommes sur la bonne voie ! un dialogue politique a été engagé sur le plan interne et a permis aux Burundais de plusieurs horizons de discuter à bâtons rompus de leurs préoccupations sur l’avenir politique et social du Burundi. La Commission Nationale de Dialogue inter burundais (CNDI) vient de remettre son rapport provisoire à l’Assemblée Nationale qui contient les véritables souhaits de la population dans son ensemble pour résoudre définitivement les problèmes liés à la crise électorale de 2015. Des séances publiques de dialogue se tiennent en ce moment à travers tout le pays. Cette semaine, la CNDI s’est déplacée pour entendre les points de vue de la diaspora burundaise basée dans les pays scandinaves. Ce périple de la CNDI aux seins des diasporas burundaises se poursuivra dans les prochains jours.
  9. De même, le Dialogue à l’extérieur du pays suit son cours normal et la réunion extraordinaire des Chefs d’Etas de l’Afrique de l’Est a donné quitus au Co-facilitateur, l’ex président Tanzanien Benjamin MUKAPA de poursuivre le dialogue déjà entamé à ARUSHA et les consultations sont en cours pour une reprise de ce dialogue à des dates à convenir entre les parties prenantes. Une délégation du facilitateur a séjourné le mois dernier au Burundi dans le cadre de ces consultations. De même, le facilitateur Benjamin Mkapa a rendu récemment une visite de mise au point au Président Ougandais Yoweri Museveni, médiateur en chef mandaté par le Sommet de la Communauté Est Africaine. La machine est donc en marche.
  10. Nous rassurons nos partenaires que le dialogue va se poursuivre de bonne foi. Nous restons très engagés dans ce dialogue politique dont la dynamique interne est très avancée. Je saisis cette occasion pour réitérer encore une fois notre confiance à la médiation ougandaise et à la facilitation assurée par l’ancien Président de Tanzanie, Benjamin Mkapa qui fait un excellent travail. Il mérite aussi votre soutien également.
  11. Dans le même ordre idée et pour le respect du principe de l’appropriation nationale, ma délégation estime que le rapatriement du dialogue mené de l’extérieur serait d’une grande utilité pour la suite du processus. Comme vous le savez, tous les dialogues qui ont produits des résultats ces derniers temps sur le continent sont été pilotés de l’intérieur. Ce fut le cas, pour la Tunisie par exemple. Et tout près de nous, le médiateur Togolais Edem Kodjo sur situation en RDC pilote au nom de l’Union Africaine sa méditation sur place en RDC. C’est donc la tendance du moment et le Burundi ne devrait pas faire exception à la règle.
  12. En ce qui concerne la sécurité, je suis heureux de vous informer qu’elle est globalement bonne sur tout le territoire national et  les citoyens vaquent à leurs activités dans la quiétude et dans l’unité. La situation sécuritaire s’est normalisée depuis plusieurs mois après une période de turbulences post-électorale. Ceci ressort des rapports récents et très crédibles de plusieurs organisations régionales et sous régionales. Je cite entre autres le rapport du groupe d’experts de l’EAC, de la CIRGL, de l’Association des Avocats africains, du dernier communiqué de l’Union Africaine sur la situation au Burundi, et récemment, de la déclaration conjointe qui a sanctionné la retraite entre le CPS de l’Union Africaine et l’Union européenne à Bruxelles en Belgque. C’est donc un constat presque général qui devrait en toute sincérité guider les prises de positions de certains partenaires toujours hésitants. Le réalisme politique exige, dit-on.
  13. En ce qui concerne la situation humanitaire, nous reconnaissons qu’il y a des cas d’insécurité alimentaire dans le pays et d’accès limité aux services de base comme la santé et l’éducation qui nécessitent des appuis d’urgence. Pour ce qui est des réfugiés, tout comme nos partenaires, le Burundi reste préoccupé par la situation précaire de nos compatriotes dans les camps de réfugiés et nous plaidons pour la revitalisation de la tripartite HCR-Gouvernement du Burundi- pays d’accueil pour accélérer les retours volontaires de nos compatriotes. Nous réjouissons du fait que plus de 80 mille réfugiés sont retournés au Burundi depuis le début de l’année. Nous déplorons en même temps le silence observé par le HCR et certains partenaires sur ces retours volontaires de réfugiés au pays. Pour ceux qui ont fui récemment au nord du pays, je tiens à vous informer que ce sont surtout les raisons économiques et non politiques qui en constituent la motivation principale.
  14. Dans le domaine économique, nous reconnaissons que l’économie burundaise se trouve dans une situation de crise passagère, caractérisée par une baisse continue de l’activité économique, un déséquilibre budgétaire croissant par moment. Cette situation est liée principalement à la conjoncture économique mondiale et dans une moindre mesure au retrait des partenaires techniques et financiers (PTF) qui ont appuyé le Burundi pendant une décennie, en fournissant des ressources nécessaires pour le développement du pays et pour financer le déficit structurel de la balance de paiements, typique pour les économies des pays fragiles.
  15. De notre avis, la reprise de la coopération avec l’Union Européenne qui a suspendu au mois de décembre 2015 ses appuis directs au Gouvernement du Burundi serait une des solutions parmi beaucoup d’autres à envisager pour relever les défis socio-économiques post 2015. Il faut dire que la suspension de l’aide directe au Gouvernement par l’Union Européenne touche principalement les populations les plus vulnérables comme les femmes et les enfants en milieu rural et semi rural. Nous restons convaincus que la décision extrême de suspendre la coopération avec le Burundi reste contreproductive pour toutes les parties. Le gouvernement du Burundi estime que c’est par le dialogue et la coopération mutuellement profitable et bénéfique que le Burundi retournera sur les rails sur le plan socio-économique. La confrontation et le radicalisme des positions sont à décourager.
  16. En ce qui concerne le Budget national, exercice 2017, celui-ci est sur la table du Conseil des Ministres avant qu’il ne soit soumis au Parlement pour analyse et adoption. Nous projetons la promulgation de la Loi budgétaire de 2017 avant la fin du mois décembre 2016. Ce sera un budget réaliste et d’austérité compte tenu de la conjoncture économique actuelle, avec un apport important issu de la mobilisation des ressources domestiques par l’OBR. La croissance économique se situerait 3,2% à la fin de 2016 pour atteindre 3,5% en 2017.
  17. Pour ce qui est du recul de l’activité économique, nous constatons que l’économie burundaise a subi une récession de 3,9 % en 2015 et les indications préliminaires pour 2016 affichent une continuation modérée de cette tendance qui s’explique par la baisse de l’activité dans le secteur secondaire et les effets négatifs du phénomène d’El Niño sur l’agriculture.
  18. L’inflation reste faible, l’indice de prix n’a augmenté que de 3 % durant le premier semestre de 2016, soit la moitié de la trajectoire supposée pour arriver à la moyenne annuelle de 7,5 % projeté dans le budget. Cette faible inflation semble être étroitement liée à la faible demande agrégée dans le contexte de la conjoncture actuelle. Cette situation économique pèse sur le secteur financier : le crédit au secteur privé a diminué d’environ 5 % durant les douze derniers mois; les prêts non performants ont augmenté et leur ratio est passé de moins de 11 % au début de 2015 à 19,3 % à fin mai 2016.
  19. S’agissant des effets de la Crise sur le Secteur Privé, il convient de noter que ce sont les secteurs de l’hôtellerie, du tourisme et de la construction qui sont les plus touchés. En effet, la crise sécuritaire de 2015 a provoqué une  grande baisse de la demande des services et produits hôteliers. Le secteur Bâtiments et Travaux Publics (BTP) quant à lui a connu une baisse des activités.
  20. L’analyse des effets économiques et financiers de la crise 2015 fait ressortir une série de constats :
    • Les entreprises du secteur formel ont enregistré depuis le début de la crise une baisse moyenne de 15% du Chiffres d’Affaires, les petites entreprises sont les plus touchées. Cette baisse est due principalement à la situation d’insécurité qui a prévalu dans le pays en 2015, la baisse de la demande liée notamment à la diminution importante de la commande publique et à la baisse de la consommation privée et les difficultés d’approvisionnement qui sont elles-mêmes liées aux problèmes d’accès au financement.
    • La baisse du chiffre d’affaires et celle de la demande ont un impact non négligeable sur la capacité des entreprises à rembourser leur crédit. Le ratio des créances non performantes sur le secteur privé est ainsi passé de 13% à 16% en une année.
    • Les pertes d’emplois sont évaluées à 4% de l’ensemble des effectifs du secteur formel.Il en est de même pour au secteur privé. La banque mondiale pourrait aider à relancer le secteur privé à travers des prêts concessionnels accordés aux entreprises locales et étrangères opérant au Burundi ainsi qu’un soutien au secteur bancaire à travers un support à la gestion des Prêts Non Performants dans le secteur hôtelier et touristique.
  21. Face à cette situation économique, des mesures et réformes sont nécessaires pour redresser le cadre macroéconomique. Les institutions financières internationales et régionales qui ont pris part aux consultations de Genève sont interpellées. Nous l’avons souligné à la mi-octobre et nous le réitérons encore ce matin :
    • La Banque Mondiale par exemple, bien qu’elle ait maintenu sa coopération avec le Burundi à travers l’appui projet, a suspendu momentanément les programmes d’appui budgétaire qui était un instrument de soutien du cadre macroéconomique et budgétaire. La proposition d’un programme d’urgence à court terme est plus que nécessaire pour relancer l’économie burundaise à travers un appui budgétaire directe pour relancer les secteurs porteurs de croissance. Nous lui remercions en passant d’avoir débloqué de fonds visant à appuyer le secteur du Café, une des principales sources de devises du pays. Ma délégation accueille avec satisfaction la proposition du coordinateur Résident des Agences des Nations Unies au Burundi soulignant l’importance des appuis budgétaires directs au Burundi pour redresser le cadre macroéconomique du pays.
    • Comme je l’ai dit lors de notre dernière réunion, il faudrait aussi des appuis soutenus et multiformes à la Balance de paiement. La Banque Mondiale pourrait entre autres remorquer les autres bailleurs notamment le FMI à travers un programme d’appui à la Balance de paiement afin de stabiliser le marché des devises.
    • Il en est de même pour au secteur privé. La banque mondiale pourrait aider à relancer le secteur privé à travers des prêts concessionnels accordés aux entreprises locales et étrangères opérant au Burundi ainsi qu’un soutien au secteur bancaire à travers un support à la gestion des Prêts Non Performants dans le secteur hôtelier et touristique.
  22. Monsieur le Président, pour conclure, je dois dire qu’après une période très difficile que vient de traverser le Burundi, il est relevant de noter que la situation politico-sécuritaire se normalise, l’activité économique, l’apaisement des esprits ainsi que la cohésion sociale reprennent progressivement leur cours normal, ceci grâce aux efforts qui ont été déployés par le Gouvernement.
  23. Ainsi, le Burundi sollicite auprès de ses partenaires tant bilatéraux que multilatéraux leur soutien en vue de renforcer et consolider les étapes déjà atteintes et avancer ensemble vers l’organisation des élections libres, transparentes, crédibles et apaisées en 2020 dans un contexte d’une économie en bonne santé et un pays définitivement stabilisée et un peuple réconcilié.

Je vous remercie de votre aimable attention !

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